Alignements…

Marc Dumas est photographe (www.marcdumas.fr). Parmi ses thèmes de prédilection : la plage, les rivages… et notamment ceux du Brésil.

Je voudrais prendre appui sur deux photographies de la série Rivages, prises à Fortaleza et ses alentours.

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Le cadrage a fait disparaître la plage, si bien que sur la première, un alignement de palmiers domine la mer, alors que sur la seconde, c’est un alignement de gratte-ciel. Voilà une invitation à réfléchir à la place de ce trait d’union spécifique qu’est la plage entre deux éléments – d’une part une masse liquide vivante (rendue encore plus manifeste par le cadrage pour partie subaquatique) et d’autre part une masse végétale ou minérale.

Voici donc se faisant face des éléments dynamiques :

  • pour la mer, citons Jules Michelet : « Mobile, elle rêve le repos. Inerte, elle rêve le mouvement. »,
  • pour les palmiers n’oublions pas qu’ils sont le fruit d’un déplacement, car ils ne sont pas originaires des Amériques et que beaucoup ont été plantés (volontairement ou involontairement – action du vent déposant les semences au gré de ses humeurs),
  • pour les immeubles, eux aussi ont été plantés, placés et parfois déplacés par l’action humaine.

Bien sûr que la plage a aussi ses propres dynamiques (fruits de la nature ou/et des interventions humaines), mais elle joue – ligne frêle et souvent comprimée – un rôle d’articulation et de transition entre l’horizontalité de l’élément liquide et la verticalité des éléments végétaux ou minéraux. Son absence sur ces photos permet d’interroger la singularité de son jeu au sein de l’ensemble appelé « orla » ou « front de mer ».

Il vaudrait la peine de mettre ces photos en lien avec un cliché de Merton Allen, daté de 1957 (Dayton Beach – Floride). Ici, la plage n’induit pas une rupture avec les activités urbaines, puisque les voitures et autres motos y circulent et stationnent (naturellement oserais-je dire) comme si elles étaient sur l’asphalte.

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La maison au bord de l’eau (Charlotte Perriand, 1934)

En 1934, l’architecte et designer Charlotte Perriand (1903-1999), qui travaille notamment avec Le Corbusier, oriente ses travaux vers l’architecture des loisirs, alors en pleine expansion. C’est à cette occasion qu’elle répond à un concours lancé par le magazine français Architecture d’aujourd’hui, visant à concevoir  des hébergements de vacances peu onéreux.  Son projet ayant remporté le deuxième prix n’a pas vu le jour… jusqu’en 2013. Cette maison au bord de l’eau est aujourd’hui visible à la Fondation Vuitton (exposition « Le nouveau monde de Charlotte Perriand » – Perriand a également réalisé l’architecture intérieure d’un appartement à Rio de Janeiro, ainsi que l’habillage de l’agence Air France de Rio).

Mais pour revenir à cette maison au bord de l’eau, dont on imagine qu’elle pourrait être disposée au gré des envies de chacun des propriétaires – elle devait être livrée en kit pour que l’on puisse facilement la monter -, voici deux extraits de presse :

« Les plans dataient de 1934 et étaient jusque là inconnus ou presque. 80 ans plus tard, la maison « au bord de l’eau » conçue par Charlotte Perriand prend vie au bord de Miami Beach, soit le spot le plus médiatique du moment avec l’ouverture de la foire d’art contemporain Art Basel Miami. C’est la maison Louis Vuitton qui est à l’origine de cette initiative après avoir obtenu l’accord de la fille de la désigner, décédée en 1999. Cette maison au bord de l’eau respire cette fonctionnalité moderne chère à charlotte Perriand : 70 mètres carrés organisés autour d’une pièce à vivre ouverte sur l’extérieur. Trois petites pièces et une salle de bains complètent l’ensemble, tout en rigueur pratique. Le « miami bling » est loin, très loin de cette épure moderne signée par cette aventurière du style contemporain. » (https://o.nouvelobs.com/design/20131204.OBS8027/charlotte-perriand-sa-maison-au-bord-de-l-eau-se-pose-a-miami.html#modal-msg)

« Elevée sur des parallélépipèdes de bois au-dessus du sable et accessible par une rampe à l’arrière. Deux ailes se font face avec des portes coulissantes en verre qui sont reliées par un couloir semi-fermée à l’arrière, créant un plan en forme de U. Les chambres avec des lits conçus par Perriand sont situés sur un côté, avec la salle de bains. Les zones de cuisine, de salle à manger et de séjour sont logées dans l’aile opposée. Le bois habille les murs et le sol et est aussi utilisé pour la majorité des meubles. La plate-forme centrale est abritée d’une voile tendue permettant de récupérer l’eau de pluie dans un pot de fleurs. » (http://www.journal-du-design.fr/architecture/la-maison-au-bord-de-leau-charlotte-perriand-louis-vuitton-38256/).

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La réinvention du front de mer de Copacabana (1969-71) : entre duplication de l’avenida Atlântica et élargissement de la plage

C’est un fait malheureusement incontestable : la ville de Rio de Janeiro ne possède plus aucune plage naturelle, tant pour ce qui concerne l’intérieur de la baie que la façade océanique, comme on peut le voir sur cette carte dressée par Verena Andreatta.

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Verena Andreatta, Maria Pace Chiavari, Helena Rego, O Rio de Janeiro e a sua orla: história, projetos e identidade carioca (2009)

La plus fameuse d’entre toutes, celle de Copacabana, a fait l’objet de nombreux aménagements depuis la fin du XIXe siècle, lorsque les dirigeants de la Companhia Ferro-Carril do Jardim Botânico (qui avait ouvert le premier tunnel entre le ville historique et ce quartier de pêcheurs), faisaient valoir que « les deux plages de Copacabana et Arpoador sont dotées d’un climat magnifique et salubre, elles sont balayées constamment par les brises fraîches de l’Océan, qui en font deux véritables sanatoriums et dans une ville décimée périodiquement par des épidémies, elles seront rapidement recherchées par la population comme les villes balnéaires d’Europe ».

Au début du XXe siècle (1912), a lieu la construction de l’avenida Atlântica, au début une simple rue de 6 mètres de large en bord de plage.

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Copacabana 1905 – A. Ribeiro (© Brasiliana fotográfica – BNRJ)

En 1919, elle atteint 19 mètres de large pour laisser place au trafic automobile naissant, comme le montrent ces photos d’Augusto Malta

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Augusto Malta
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Augusto Malta

Mais le plus spectaculaire des aménagements est sans conteste celui qui prend place entre 1969 et 1971, sous la mandature municipale de Negrão de Lima. Les enjeux sont multiples : élargir l’avenue pour répondre à l’explosion du trafic automobile ; repousser le trait de côte pour lutter contre les effets du ressac ; élargir la plage pour offrir un espace de loisir balnéaire encore plus vaste ; et finalement installer un système de canalisation centralisée des égouts pour un quartier très densément peuplé.

Le résultat est assez fascinant et configure la forme de Copacabana telle que nous la connaissons aujourd’hui. L’urbaniste et architecte Lúcio Costa est à l’origine du projet, confié à l’ingénieur Raimundo de Paula Soares.

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Copacabana avant et après l’élargissement de l’avenue et de la plage

Entre les deux pistes a été installé l’Interceptor Oceânico da Zona Sul, une immense canalisation pour la collecte des égouts du quartier :

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Le sable nécessaire à l’extension de la plage provient pour l’essentiel de la baie de Guanabara : il a été conduit par un ensemble de canalisations spécialement construites à cet effet (par lesquelles ont transité 1.200.000 m3) et par bateaux (2.000.000 m3). La carte et les photos ci-dessous font partie d’un dossier spécial de la revue Cruzeiro (à noter que la Radio Télévision Portugaise a réalisé à cette occasion un reportage sur ce déplacement spectaculaire, que l’on peut découvrir ici : https://arquivos.rtp.pt/conteudos/alargamento-da-praia-de-copacabana/)

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O Cruzeiro, n°19 – 1970 © BNRJ
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O Cruzeiro, n°19 – 1970 © BNRJ
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O Cruzeiro, n°19 – 1970 © BNRJ

La nouvelle plage a ainsi pris forme peu à peu, repoussant le trait de côte un peu plus au large :

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Le traitement paysagistique a été confié à Roberto Burle Marx (qui a travaillé avec Lúcio Costa et Oscar Niemeyer) :

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En attendant, d’autres projets avaient été soumis, à l’exemple de celui-ci, qui aurait encore donné un autre aspect au front de mer :

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Et c’est finalement en 1988 que les premiers cocotiers seront plantés – comme s’il s’agissait de tropicaliser une plage sous les tropiques, plage entièrement repensée depuis sa transformation en espace balnéaire (voir notre post : Copa Cabana 1912).

 

De Cambo les Bains à Rio de Janeiro : l’architecture balnéaire d’Henri Sajous

1926 : pour son diplôme de l’école des Beaux-Arts (option : architecture), Henri Sajous (né à Bordeaux en 1897) propose (avec les architectes Charles Hébrard, Émile Molinié et Charles Nicod) une maquette pour l’établissement thermal de Cambo les Bains (Pyrénées Atlantiques), installé le long de La Nive, une rivière se jetant dans l’Adour.Capture d’écran 2019-05-07 à 00.14.59

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Selon Lise Grenier (Les villes d’eaux en France, Paris, IFA, 1984) : « L’établissement est construit sur une ossature en béton armé et comporte cinq niveaux, dont deux en sous-sol. Au rez de chaussée se trouvent le hall buvette, et, tout autour de la grande piscine longée par un portique aux belles colonnes revêtues de mosaïque, les cabines et salles de traitement.[…].Cet établissement, très sobre de lignes, [devint] un des plus riches de France, avec ses mosaïques, son plafond lumineux […] et sa piscine entièrement recouverte de marbre. Dans le hall, la belle mosaïque de la buvette a été réalisée sur un dessin de H.Sajous.  »

L’inspiration art-déco est évidente.

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Il se trouve que le propriétaire de cet établissement est Brésilien ! Francisco de Souza Costa. Marié en 1899 à Rio de Janeiro avec Honorine Benatz (https://lusojornal.com/francisco-jose-de-souza-costa-et-honorine-benatz-proprietaires-de-la-villa-arnaga-et-des-thermes-de-cambo-les-bains/), il a fait l’acquisition en 1922 de cet établissement.

Visiblement satisfait du travail d’Henri Sajous, il propose à ce dernier de l’accompagner au Brésil pour dessiner l’ensemble thermal et balnéaire de São Lourenço (Minas Gerais), dont il est aussi propriétaire. Il souhaite en effet que Sajous reproduise son travail de Combo les Bains.

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« Mon premier voyage à Rio de Janeiro, dans ma cabine du paquebot Massilia, sur le meuble une bouteille de champagne que m’avait donné mon frère Edouard à mon départ de Bordeaux « 

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L’histoire, assez peu connue, est intéressante pour le projet BALNEOMAR : il y a bien circulation d’expériences France-Brésil, mais à l’initiative d’un Brésilien marié à une française (il serait d’ailleurs très intéressant d’en savoir plus sur ce couple).

Henri Sajous demeurera finalement 30 années au Brésil. Parmi ses nombreuses réalisations, signalons l’édifice Biarritz à Rio de Janeiro (Praia do Flamengo), construit entre 1940 et 1945, s’inscrivant lui-aussi dans le style art-déco.

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Il est aussi l’auteur d’un projet de Palace hôtel Casino à Guarujá (ville balnéaire du littoral de São Paulo).

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Pour en savoir plus :

• Francine Trevisan Mancini, Sajous architecto : presença e atuação profissional 1930-1959, Dissertação des mestrado, FAU-USP, São Paulo, 2013

• Site internet sur l’œuvre d’Henri Sajous : https://www.sajous-henri.com

 

Six stations balnéaires nouvelle génération au Maroc

Le plan Azur 2020, signé au Maroc en 2001 pour attirer 10 millions de touristes au début des années 2010, s’est concrétisé par la construction de six stations balnéaires nouvelle génération, respectueuses d’une charte environnementale stricte. Une présentation des stations est disponible sur le site suivant (https://prezi.com/nvtl_1ln65xm/plan-azur/).

Cette balnéarisation s’empare d’espaces restés en dehors des centres urbains traditionnels. Citons le cas du Mazagan Beach Resort (https://www.mazaganbeachresort.com) qui associe golf et casino et activités liées à la plage, est fameux. Construit par les groupe sud-africain Kezner, et dirigé par une française, il est situé entre El Jadida et Azzemour, à une centaine de kilomètres au sud de Casablanca. Il a été inauguré en octobre 2009, pour viser une clientèle de haut niveau, à 50% marocaine et pour le reste, en provenance d’Europe et du Moyen-Orient. Si l’internationalisation n’a pas été un franc succès (voir l’article : http://fr.le360.ma/economie/plan-azur-le-grand-fiasco-85747), en revanche le resort de luxe attire golfeurs, hommes d’affaires et Casaouis pour les fins de semaine.

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Au-delà de l’étude de chacune de ces stations il pourrait être intéressant de travailler sur la circulation de ce modèle de  balnéarisation « nouvelle génération ».

Balnéomar – dossier Confins (n°39)

La revue franco-brésilienne de géographie Confins a publié dans dans son n°39 notre dossier Balnéomar : voici la liste des 10 articles ci-dessous, et le lien pour le numéro : https://journals.openedition.org/confins/17154

Dossier Balneomar (Sous la direction de Laurent Vidal et Paulo Cesar da Costa Gomes)

Copa Cabana 1912

Copa Cabana… écrit en deux mots sur une carte postale du début des années 1910.

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Rappelons que le toponyme Copacabana n’est pas originaire du Brésil, mais des Andes. Jusqu’au XVIIIe siècle cette région de Rio de Janeiro, située face à l’océan, est encore dénommée Sacopenapã, qui signifie (en langue Tupi) “le bruit du battement des ailes de l’oiseau”. Au XVIIIe siècle, après la construction d’une chapelle en hommage à Nossa Senhora de Copacabana (en référence à une ville de Bolivie, située sur les rives du lac Titicaca – en quechua le mot signifie signifie : « en regardant le lac »), le quartier commence à prendre le nom de Copacabana.

Sur cette carte postale, on devine encore au pied de ce qui était le morne d’Inhangá, rasé après 1906 (date du début de l’aménagement de Copacabana en quartier balnéaire), de petites maisons en bois sur pilotis, posées au coeur des dunes et habitées par des populations noires – c’est apparemment pour cela que Roland a choisi cette carte, car il s’agit comme il l’écrit d’ « une maison disparue ».

D’où l’importance de la photo reproduite sur cette carte postale : à la différence des autres de la même époque qui montrent plutôt l’aménagement et la modernité de ce quartier (cf. photos de Ribeiro et de Malta), celle-ci témoigne au contraire d’un monde en voie de disparition.

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Pour les lecteurs français, pour plus d’informations sur Copacabana, voir l’article d’Hervé Théry : https://braises.hypotheses.org/1303#_ftnref5

“Balnéaire” : dialogue impromptu avec Gallica

Le hasard parfois peut nous réserver de belles surprises. Me voici sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF. Je tape le mot-clé « balnéaire » et j’apprends qu’il y a 9045 références – autant dire qu’il y a peu de chances que je les consulte en totalité. Mais rien n’empêche de surfer : et voici que je tombe sur une photographie intitulée : « Exposition internationale des arts et techniques, Paris 1937 : maquette d’une station balnéaire »

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À la vue de cette immense cité, s’impose la présence rectiligne d’un immense immeuble face à la mer, sensation que des jetées, s’avançant à intervalles réguliers dans la mer, viennent à peine atténuer. À l’arrière un vaste parc végétal et au centre, une place rectangulaire.

Etonnante maquette ! et qui me laisse sur ma faim, car la notice explicative est pour le moins restreinte.

Je tente donc Google – « exposition internationale des arts et techniques, Paris 1937 : station balnéaire ». Cela ne donne rien, ou plutôt si : « station balnéaire » est d’emblée supprimé. Autant dire que ce n’est pas pertinent. Cette exposition des « Arts et des Techniques appliqués à la Vie moderne » s’est tenue à Paris du 25 mai au 25 novembre 1937, et a notamment présenté le fameux « Pavillon des temps nouveaux » organisé par Le Corbusier et son frère Pierre Janneret. Mais au-delà, rien qui n’évoque cette maquette de station balnéaire.

De recherche en recherche, j’en arrive à taper : « projet cité balnéaire 1937 », et là je tombe sur la cité balnéaire Prora (http://cargocollective.com/arewearchi/filter/histoire/CITE-BALNEAIRE-PRORA) :

« Parmi les plus ambitieux projets de construction du Troisième Reich furent les cinq complexes prévues de station balnéaire de la Kraft durch Freude (KdF – Strength Through Joy) une association de travailleurs, une partie du Front Deutsche Arbeits (DAF) sous la direction du Dr Robert Ley. En collaboration avec les navires de croisière KdF, ces stations balnéaires étaient été destinées à proposer des vacances abordables pour le travailleur moyen allemand. Bien que cinq stations de ce type furent prévus, un seul a commencé, sur la côte est de l’île de la mer Baltique de Rügen, sur la plage de Prora. »

Un plan permet même de voir l’évolution de cette station construite entre 1936 et 1939.

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En lisant l’article on apprend que « La station Prora prévoyait deux complexes – Nord et Sud – chacun composé de quatre blocs de dix logements, offrant des salles pour 20.000 vacanciers. Dessiné par Clemens Klotz, chaque chambre devait donner sur l’océan. Chacune de 5 mètres sur 2,5 devait compter deux lits, une armoire ou un placard, et un évier. Entre les deux complexes, les bâtiments administratifs et un assemblage de grande place publique avaient été dessiné. »

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Mais le plus intéressant est la remarque suivante : « L’exposition universelle de Paris en 1937, a reconnu la qualité de l’ensemble des plans pour le Prora en lui décernant le Grand Prix de l’Architecture. » Les régimes autoritaires exercent toujours une fascination chez certains architectes… comme Le Corbusier (je vous renvoie à l’excellente biographie de François Chaslin, Un Corbusier, Paris, Seuil, 2015).

Un autre article, cette fois de la revue franco-russe Méthodes (http://www.revuemethode.org/sf091618.html) est assez critique : « Cet alignement sans fin, massif, répétitif, industriel, austère dans lequel tout retrait dans une sphère privée est quasi impossible et structuré autour d’une salle des fêtes conçue pour accueillir des manifestations de masse, crée une sorte de violence structurelle que n’adoucit pas la proximité de la Baltique. »

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De recherche en recherche, je tombe sur l’article de Valter Balducci, « Tourisme et ville moderne. Les centres pour la villégiature en Italie (1930-1943) » (https://rta.hypotheses.org/articles/valter-balducci), où l’on découvre que l’Italie fasciste avait commencé dès le milieu des années 1920 à réfléchir à l’aménagement de cités balnéaires : « le tourisme est un élément central de la politique du régime fasciste. Le contrôle du temps libre constitue un outil de transmission de ses valeurs idéologiques, et en même temps l’aménagement des lieux pour les touristes constitue un banc d’essai pour les hypothèses sur la ville et l’urbanisme fascistes. » On trouve notamment ce projet de Giuseppe Vaccaro pour une station balnéaire, contemporain du projet de Prora : « La ville panoramique sur la mer (pour station balnéaire) », 1936-37, dans Domus, n°113, 1937, p. 31

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Il est temps de refermer l’ordinateur ! Non sans avoir fait un petit clin d’œil àCarlo Ginzburg et sa « conversation avec Orion » (nom du catalogue de la bibliothèque de UCLA –  Ginzburg Carlo, « Conversation avec Orion », Matériaux pour l’histoire de notre temps, 2006/2 (N° 82), p. 129-132. URL : https://www.cairn.info/revue-materiaux-pour-l-histoire-de-notre-temps-2006-2-page-129.htm)

 

 

 

 

 

Exposition: Tous à la plage

L’exposition dresse un panorama de l’histoire des villes balnéaires en France, au regard des pratiques européennes, du 18ème siècle à nos jours.
Des premiers bains de mer pratiqués à des fins curatives aux constructions de villas, d’hôtels, et d’hébergements de vacances pour le grand public au fil des siècles, l’exposition retrace la conquête progressive des bords de mer à travers des reproductions d’affiches anciennes, de photographies, etc…
Clichés anciens, caricatures, chefs d’oeuvres du film comique illustrent les affres des bains thérapeutiques, les mondanités des promeneurs, l’émerveillement des enfants et des familles à la mer, un engouement croissant pour le littoral, ou encore les plagistes au soleil.
Des plans et études techniques portent à la fois sur les villas balnéaires, les casinos, les grands hôtels, ainsi que sur les premières cabines de bains, les projets de jetées, les habitats modulaires légers, et bien sûr sur les grands aménagements du littoral. Des affiches illustrent le rôle des compagnies de chemin de fer et les « trains de plaisir » à destination des stations.
Autour des trois grands thèmes principaux de l’exposition « inventer la villégiature »,  « l’essor des grandes vacances à la mer » et « quelles villes balnéaires pour demain ? », de nombreuses illustrations relatent l’évolution des pratiques balnéaires à La Rochelle.

Du 01/07/2018 au 31/12/2019.

Comment sont « nées » les plages… à La Rochelle

Le « Plan administratif de la ville et banlieue de La Rochelle », dressé en 1865 par Th.Roux (et disponible sur le site de la Bibliothèque Nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53030146v), offre un détail remarquable sur les premières plages de La Rochelle.

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On peut y voir, hors des remparts, trois mentions de bains : au centre, les bains Marie-Thérèse (les premiers, fondés en 1827, par la constitution de la société anonyme des bains de mer, composée de 97 actionnaires), à gauche, les bains Richelieu, anciennement bains Jaguenaud, fondés en 1847, et à droite, les bains publics. Un chemin, passant par la porte des deux moulins permet de franchir l’enceinte, qui enserre encore la ville, et de rejoindre le Mail, également aménagé pour offrir un espace de promenade élégant aux abords de la ville.

L’ensemble, pensé entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, impose un système de balnéarisation à trois niveaux : le chemin et le Mail ; les plages et l’aménagement des bains; et entre les deux, le jardin à l’anglaise. A noter que cette première « balnéarisation » s’est donc faite hors de la ville emmurée.

Lorsque cette carte est dessinée, il est encore trop tôt pour signaler, à proximité du Mail, les Bains Louise, qui ouvriront leurs portes aux femmes de la classe ouvrière en 1870. En revanche, un établissement plus modeste, les Bains Guillemet, existait déjà depuis 1860, en pleine ville, rue Fleuriau.

Ci-dessous, quelques illustrations des bains et de la promenade du Mail :

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Anciennement Bains Jaguenaud – Neurdein, frères – vers 1875 © http://yveslebrec.blogg.org/la-rochelle-par-les-freres-neurdein-a127078262
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Les bains Jaguenaud – lithographie d’Adolphe d’Hatsrel (1847) © http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-110569-paysage-les-bains-jagueneaud

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Il reste aujourd’hui encore quelques vestiges que l’on peut voir à marée basse :

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Vestige des bains Richelieu © L. Vidal (2018)

Les bains Marie-Thérèse ont également été lithographiés par Adolphe d’Hastrel – qui (pour l’anecdote)a voyagé au Brésil et réalisé de belles gravures de la ville de Rio de Janeiro.

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Bains de mer Marie-Thérèse – lithographie d’A. d’Hastrel (1845) © http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-109417-paysage-les-bains-de-mer

Et voici ce qu’il en reste aujourd’hui :

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Ruines des aménagements des bains de mer Marie-Thérèse © L. Vidal (2018)

Aux abords des bains de mer, un parc à l’anglaise, avec un kiosque à musique (à la mode chinoise) et le pavillon Fleuriau (du nom de Fleuriau de Bellevue, l’un des actionnaires de la société anonyme, qui l’avait fait construire à ses frais pour agrémenter les promenades des curistes dans le parc, et dont la fortune vient des plantations de sucre de Saint-Domingue, et de la main d’œuvre esclave).

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Vue de La Rochelle depuis les Bains Marie-Thérèse
Oeuvre de Auguste Alexandre Abel de PUJOL (fils), 1851 © http://www.revue-arcades.fr/vue-de-rochelle-bains-marie-therese/

Les Bains Richelieu ont disparu en 1897. Les bains Marie-Thérèse sont rachetés par la ville en 1902 qui y apporte diverses améliorations comme la construction d’une salle de spectacle. Entre-temps, l’usage du bain de mer s’est modifié et le plaisir de la baignade popularisé. Pour y faire face, La Rochelle n’a qu’une plage très modeste dite de La Concurrence en référence aux Bains Marie-Thérèse. En 1907, la ville y entreprend des travaux conséquents. Elle agrandit la plage, installe des cabines neuves et fait construire un café, la Pergola. Une vaste jetée promenade s’ouvre désormais jusqu’au casino du Mail (http://www.lagenette.org/la-genette-racontee/206-les-bains-marie-therese).

 

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Au début du XXe siècle, les activités de plage ont pris une telle ampleur qu’il a fallu réglementer les usages, à l’exemple de cet arrêté de 1934 :

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Peut-être était-ce une réaction à l’apparition de véritables naïades, comme en témoigne cette carte postale des années 1920 (toutefois, si l’on fait une rapide recherche à partir de l’image, on se rend compte que plusieurs villes ont utilisé cette photo d’une baigneuse aux formes généreuses – Calais…).

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