Mazagan, reine des plages du Maroc

El Jadida (Maroc), ancienne forteresse portugaise de Mazagão…

Lors du protectorat français (1912-1956), une petite plaquette est diffusée pour présenter Mazagan, reine des plages du Maroc (Imprimerie française, 1922). Il y est question de son «capital touristique de premier plan», avec la «coquette cité portugaise» et «une plage incomparable et unique au Maroc, tant par sa beauté que par sa sécurité absolue. Tous les estiveurs qui l’ont vue, y ont résidé, sont unanimes à vanter ses charmes. Sur une longueur de plus de deux kilomètres s’étend une plage de sable fin où viennent se briser mollement les flots atlantiques. Très fréquentée pendant la saison des bains de mer (15 juin – 15 septembre), la plage de Mazagan est un rendez-vous des estiveurs qui viennent y dresser leurs tentes ou cabanons (…). C’est donc à juste raison que Mazagan a été dénommé le Deauville Marocain».

Cette dimension touristique de Mazagan va orienter la politique du protectorat dans deux directions. En premier lieu, la construction d’une ville nouvelle à l’extérieur des remparts est décidée en 1916 : «la ville nouvelle forme un vaste demi-cercle autour de l’agglomération indigène et s’étend en particulier à l’Est, le long de la magnifique plage de sable, longue de plusieurs kilomètres, qui fait le charme et le grand agrément de Mazagan».

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Ensuite, la réalisation sur cette plage d’un casino (construit sur pilotis en 1925 – mais rapidement effondré en raison de fondations instables), d’un cinéma et d’un hôtel (l’hôtel Mahraba, dessiné en pleine seconde guerre mondiale par les architectes Emile Duhon (1911-1983) et Marius Boyer, 1885-1947). Son architecture reprenait les éléments et design des paquebots.

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Des cartes postales souvenirs, avec la reproduction iconographique des bâtiments les plus symboliques, permettaient de diffuser la beauté de cette nouvelle plage.

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Aujourd’hui le casino est effondré, l’hôtel abandonné et en partie détruit.

Mais leur présence témoigne de la façon dont les colonies ont servi de terrain d’expérimentation aux Européens pour diffuser, bien au-delà du continent, le modèle balnéaire et les valeurs culturelles de modernité qui lui sont associées.

 

 

Comment sont “nées” les plages… à Rio

Encore une fois je reviens à l’exposition : « Quando o MAR virou RIO ». On pouvait y découvrir une carte intitulée : « Planta dos logradouros públicos da cidade do Rio de Janeiro. Levantada conforme as instruções de 14 de Novembro de 1832 em virtude da disposição da Lei de 15 de Novembro de 1831 » [Plan des espaces publics de la ville de Rio de Janeiro, établi selon les instructions du 14 novembre 1832, en vertu d’une disposition de la loi du 15 novembre 1831].

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Planta dos logradouros públicos da cidade do Rio de Janeiro © Fundação Biblioteca Nacional – Rio de Janeiro

Ce ne sont pas moins de 10 plages (praias) qui sont représentées, toutes situées à l’intérieur de la baie de Guanabara.

Un tel document étonne d’autant plus qu’il n’y aucune activité balnéaire connue à cette époque à Rio (certes on pourra toujours évoquer la « maison de bains » de dom João VI, vers la plage du Caju, mais on doit accepter le fait que cela n’a pas donné l’impulsion à une pratique assidue des bains de mer). Alors pourquoi une telle cartographie ? Tout simplement parce que la loi du 15 novembre 1831 prévoit que « seront mis à la disposition des Chambres municipales, les terrains de la Marine, pour devenir des espaces publics ». Et les municipalités pourront percevoir des traites locatives pour l’usage qui en sera fait (activités, construction…).

Par cette loi, les « plages » deviennent ainsi des espaces publics, placés entre les mains des autorités municipales. Certes, il faudra encore attendre le début du XXe siècle pour que les premiers aménagements balnéaires prennent forme à Rio. Mais sans cette loi, la ville de Rio aurait sûrement rencontré plus de difficultés pour penser un aménagement de ses plages.

Une autre carte, de 1829 cette fois, nous aide à prendre la mesure de l’importance de ces plages à Rio. Elle a été établie par un lieutenant de Vaisseau français, M. Barral, entre 1826 et 1827. Et comme la propriété des plages relevait encore de la Marine, Barral liste toutes les plages à l’intérieur de la baie, sans oublier les plages océaniques (À noter qu’à cette époque, les plages d’Ipanema et Leblon s’appelaient la plage « Freitas »).

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Plan de la Baie de Rio-Janeiro levé en 1826 et 1827 © Fundação Biblioteca Nacional, Rio de Janeiro (Brésil)

Et La Rochelle, me direz-vous ? Ce sera l’objet d’un autre post…

 

 

Sur une exposition : « Quando o MAR virou RIO »

« Quando o MAR virou RIO »… tel est le nom d’une exposition que le musée historique national de Rio a accueilli en 2017 : « Quand la mer est devenue Rio » [*jeu de mots entre Rio (de Janeiro) et Fleuve (de Janvier)]. Comme l’expliquent les concepteurs, l’exposition a été inspirée « par le curieux fait historique que la ville internationalement connue par son style de vie dicté par la plage a un nom de fleuve ».

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Je ne parlerai ici que de la partie photographique.

Outre les photos classiques d’Augusto Malta (1864-1957) sur les premiers aménagements des plages à Rio (dont on peut trouver les principaux clichés dans la collection Brasiliana Fotográfica,

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Augusto Malta – la plage de Copacabana vue du Copacabana Palace (sd[192-]) / Rio de Janeiro, RJ / Acervo FBN

on pouvait y découvrir les photos de Geneviève Naylor, engagée par l’Office of Inter-American Affairs (OIAA), dirigé par Nelson Rockefeller et chargé de l’implantation de la Politique de Bon Voisinage. Cette toute jeune photographe (25 ans) devait appliquer un protocole bien précis afin de produire des images de propagande (voir à ce sujet : Robert Levine, The brazilian photographs of Genevieve Naylor, 1940-1942, Durham and London, Duke University Press, 1998). En 1943, en marge de la fameuse exposition « Brazil Builds », le MoMa de Ney York a d’ailleurs exposé 50 photographies de Naylor (« Faces and Places of Brazil ») pour diffuser une image positive du Brésil – la plage de Copacabana, avec des types sociaux clairement identifiés, y était largement représentée.

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Genevieve Naylor, Copacabana (1941 – Colection Reznikoff)

D’autres photos venaient compléter l’exposition : celles, homoérotiques, d’Alaïr Gomes (ce qui fut pour moi une découverte – cf. le premier post de Leticia Parente, qui propose justement une reproduction d’Alair Gomes) et surtout celles du photographe de São Paulo, Júlio Bittencourt (encore une découverte !), sur une plage populaire de Rio (piscinão de Ramos), plage artificielle construite entre 2000 et 2001 dans la favela da Maré (à 24 km de Copacabana – cette carte de 2016 sur les principales plages de Rio ne mentionne que le quartier de Ramos, en haut à droite).

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Ce sont cette fois, dans le photographies de Júlio Bittencourt, d’autres corps que l’on peut découvrir (pour connaître l’ensemble du travail de ce photographe, cf. son site). Et il vaudrait la peine d’analyser, de manière comparée, pour mesurer les emprunts réciproques, les aménagements spatiaux et les usages sociaux du piscinão de Ramos avec une plage comme Copacabana.

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© Julio Bittencourt (2008)
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© Julio Bittencourt (2013)
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© Julio Bittencourt (2013)

Mi-homme, mi-architecture, le baigneur selon De Chirico

Le peintre Giorgio de Chirico a réalisé tout un ensemble de gravures (dans les années 1927-28) puis de peintures (dans les années 1960) intitulés : « les bains mystérieux ». Ce tableau, signé de 1939, mais réalisé en 1960, figure parmi cette série.

L’attention du peintre se porte sur le jeu entre les formes architecturales, l’eau et les “estivants” (qu’ils soient en vêtements de ville ou en tenue de plage). Les baigneurs y apparaissent sous la forme de centaures modernes, mi-homme, mi-architecture.

Baños misteriosos

L’étude fine de l’ensemble de cette série pourrait susciter un certain nombre de questions utiles pour le projet BALNEOMAR – notamment sur les modifications des pratiques corporelles dans leur rapport à l’architecture liée à l’usage de l’eau et du soleil.

Au sujet de l’iconographie du bandeau du site BALNEOMAR

Il s’agit d’un détail d’une aquarelle de Paul Klee, intitulé « Südfranzösisches Seebad » (327 x 488 mm). Propriété de la Tate Gallery, il a reçu pour nom : « Seaside Resort in the south of France ».

1927 Seaside Resort in the South of France II [Paul Klee]
Seaside Resort in the South of France 1927 Paul Klee 1879-1940 Presented by Gustav and Elly Kahnweiler 1974, accessioned 1994 http://www.tate.org.uk/art/work/T06795
Klee est, à cette date (1927), professeur à l’école du Bauhaus (à Dessau), où il enseigne la théorie de la forme picturale, développant notamment des réflexions sur les liens entre rythme et peinture.

Le tableau « Seaside Resort in the south of France » est justement une illustration de ce dialogue possible : la plage et la mer sont symbolisées sous la forme d’une portée musicale, les bâtiments semblent comme disposés sur cette portée,  et le paysage au premier plan est traité comme autant de notes prêtes à prendre place sur la portée. Un rythme harmonieux semble présider à l’articulation du littoral, du front de mer et de l’arrière-pays. Voilà qui souligne l’un des aspects de la recherche de Balnéomar – comprendre la morphologie singulière des villes balnéaires, et son évolution dans le temps, à l’articulation de ces trois réalités spatiales. En outre, par le traitement artistique proposé par Paul Klee, c’est la question de la spécificité de la culture balnéaire qui est également en jeu. Et ce sera le deuxième grand axe de notre projet.

A noter que cette aquarelle a été peinte en 1927, durant un voyage entre la Suisse et la Corse. Au milieu de son chemin, en Provence, Klee réalise diverses aquarelles : fasciné par les villes littorales, il les traite sous une forme abstraite avec des couleurs vives et primaires, à l’exemple de cette « Côte de Provence » (134×304 mm).

1927 Cote Provence 7 [Paul Klee]

 

BALNEOMAR no ar!

Para servir de inspiração, a praia de Ipanema, no final dos anos 1970, em uma foto-montagem de Alair Gomes.

1980 A beach Triptych 8 [Alair Gomes]
A Beach Triptych 8. In: ENCICLOPÉDIA Itaú Cultural de Arte e Cultura Brasileiras. São Paulo: Itaú Cultural, 2017. Verbete da Enciclopédia. ISBN: 978-85-7979-060-7
e, em 1895, a praia de Ipanema de então, na paisagem de Marc Ferrez.

1895 Ipanema [Marc Ferrez]
Fonte: Coleção Gilberto Ferrez / Instituto Moreira Salles