Debussy à la plage

« En août 1911, Debussy s’installe avec sa famille sur la plage normande de Houlgate. Pendant un mois, le musicien subit le monde trivial des casinos et des hôtels de luxe, des bains de mer et des fêtes enfantines. »

Pour mener à bien cette enquête, Rémy Campos a puisé dans la collection de photographies de Debussy, ainsi que les lettres familiales… Autant dire que c’est un joli contrepoint à la lecture contemporaine de Proust : « je ne fais exactement rien, non par paresse mais par impossibilité de pouvoir penser en ce caravansérail » ; « nous devons avouer qu’à la fin de cette villégiature nous ne savons pas pourquoi nous sommes venus »…

Une exposition est en cours à Saint-Germain-en-Laye (https://musee-archeologienationale.fr/actualite/debussy-la-plage). Voir une courte vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=N6NRpQOGDRc

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Musique-les-bains

Tous les week-end d’été, sur France Musique, Denisa Kerschova nous entraîne, de sa voix grave et envoutante, sur les traces des musiques nées et jouées dans les stations balnéaires et thermales d’Europe : « Lieux de bien-être et de détente où se croisent écrivains, compositeurs et poètes, les stations balnéaires ont la côte en littérature. Elles sont aussi le lieu de festivals et de musique ! Passons chaque week-end de l’été dans l’une d’elles : Venise, Baden-Baden, Marienbad… sans oublier la côte normande ».

Il est possible d’accéder aux podcasts sur le lien suivant: https://www.francemusique.fr/emissions/musiques-les-bains

Voilà qui complète utilement quelques-uns de mes précédents posts : « La dame au petit chien », « sur le sens du mot Riviera »« villes d’eau, villes de pouvoir ».

C’est l’été ! Entre l’art du bronzage et l’art de la plage

L’été amène toujours son lot d’articles sur la plage et le bronzage.
Voici un petit florilège…

« Le bronzage, l_une des révolutions culturelles les plus méconnues »

Ces règles tacites qui dictent nos comportements sur la plage

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Pascal Ory _ « L_apparition du bronzage est une révolution culturelle »

 

Comment sont « nées » les plages… à La Rochelle

Le « Plan administratif de la ville et banlieue de La Rochelle », dressé en 1865 par Th.Roux (et disponible sur le site de la Bibliothèque Nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53030146v), offre un détail remarquable sur les premières plages de La Rochelle.

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On peut y voir, hors des remparts, trois mentions de bains : au centre, les bains Marie-Thérèse (les premiers, fondés en 1827, par la constitution de la société anonyme des bains de mer, composée de 97 actionnaires), à gauche, les bains Richelieu, anciennement bains Jaguenaud, fondés en 1847, et à droite, les bains publics. Un chemin, passant par la porte des deux moulins permet de franchir l’enceinte, qui enserre encore la ville, et de rejoindre le Mail, également aménagé pour offrir un espace de promenade élégant aux abords de la ville.

L’ensemble, pensé entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, impose un système de balnéarisation à trois niveaux : le chemin et le Mail ; les plages et l’aménagement des bains; et entre les deux, le jardin à l’anglaise. A noter que cette première « balnéarisation » s’est donc faite hors de la ville emmurée.

Lorsque cette carte est dessinée, il est encore trop tôt pour signaler, à proximité du Mail, les Bains Louise, qui ouvriront leurs portes aux femmes de la classe ouvrière en 1870. En revanche, un établissement plus modeste, les Bains Guillemet, existait déjà depuis 1860, en pleine ville, rue Fleuriau.

Ci-dessous, quelques illustrations des bains et de la promenade du Mail :

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Anciennement Bains Jaguenaud – Neurdein, frères – vers 1875 © http://yveslebrec.blogg.org/la-rochelle-par-les-freres-neurdein-a127078262
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Les bains Jaguenaud – lithographie d’Adolphe d’Hatsrel (1847) © http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-110569-paysage-les-bains-jagueneaud

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Il reste aujourd’hui encore quelques vestiges que l’on peut voir à marée basse :

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Vestige des bains Richelieu © L. Vidal (2018)

Les bains Marie-Thérèse ont également été lithographiés par Adolphe d’Hastrel – qui (pour l’anecdote)a voyagé au Brésil et réalisé de belles gravures de la ville de Rio de Janeiro.

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Bains de mer Marie-Thérèse – lithographie d’A. d’Hastrel (1845) © http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-109417-paysage-les-bains-de-mer

Et voici ce qu’il en reste aujourd’hui :

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Ruines des aménagements des bains de mer Marie-Thérèse © L. Vidal (2018)

Aux abords des bains de mer, un parc à l’anglaise, avec un kiosque à musique (à la mode chinoise) et le pavillon Fleuriau (du nom de Fleuriau de Bellevue, l’un des actionnaires de la société anonyme, qui l’avait fait construire à ses frais pour agrémenter les promenades des curistes dans le parc, et dont la fortune vient des plantations de sucre de Saint-Domingue, et de la main d’œuvre esclave).

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Vue de La Rochelle depuis les Bains Marie-Thérèse
Oeuvre de Auguste Alexandre Abel de PUJOL (fils), 1851 © http://www.revue-arcades.fr/vue-de-rochelle-bains-marie-therese/

Les Bains Richelieu ont disparu en 1897. Les bains Marie-Thérèse sont rachetés par la ville en 1902 qui y apporte diverses améliorations comme la construction d’une salle de spectacle. Entre-temps, l’usage du bain de mer s’est modifié et le plaisir de la baignade popularisé. Pour y faire face, La Rochelle n’a qu’une plage très modeste dite de La Concurrence en référence aux Bains Marie-Thérèse. En 1907, la ville y entreprend des travaux conséquents. Elle agrandit la plage, installe des cabines neuves et fait construire un café, la Pergola. Une vaste jetée promenade s’ouvre désormais jusqu’au casino du Mail (http://www.lagenette.org/la-genette-racontee/206-les-bains-marie-therese).

 

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Au début du XXe siècle, les activités de plage ont pris une telle ampleur qu’il a fallu réglementer les usages, à l’exemple de cet arrêté de 1934 :

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Peut-être était-ce une réaction à l’apparition de véritables naïades, comme en témoigne cette carte postale des années 1920 (toutefois, si l’on fait une rapide recherche à partir de l’image, on se rend compte que plusieurs villes ont utilisé cette photo d’une baigneuse aux formes généreuses – Calais…).

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De Tower beach à Paris Plage : “urbeach”, des plages dans la ville

L’historienne Elsa Devienne a publié (en français et en anglais) sur le site La Vie des idées un article intitulé : «Des plages dans la ville. Los Angeles et la réflexion sur la plage urbaine idéale». en voici le premier paragraphe, qui est bien en lien avec la problématique de Balneomar :

« Aménager de grandes étendues de sable dans un cadre urbain est l’une des dernières tendances d’un urbanisme qui entend implanter le loisir au cœur des grandes villes. La première plage artificielle de ce type fut vraisemblablement créée à Londres en 1934 lorsque 1500 tonnes de sable furent déversées le long de la Tamise, juste en dessous de la Tour de Londres. Celle qu’on appelle alors «Tower Beach» connaît un franc succès tout au long de son existence, en particulier auprès des classes populaires qui ne peuvent pas s’offrir le trajet vers les stations balnéaires. Bien que seulement cinq cent personnes puissent folâtrer sur le sable au même moment, et malgré une qualité de l’eau très médiocre, la plage attire les Londoniens en foule. Fermée pendant la Seconde Guerre mondiale, Tower Beach rouvre en 1945 pour finalement fermer définitivement en 1971 en raison de la pollution.

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Enterré à Londres, le concept de plage urbaine a récemment refait surface sur d’autres rivages et suscite l’engouement en Europe et aux États-Unis. Un mot a même été inventé pour décrire ce phénomène : «urbeach» (une combinaison des mots «urban» et «beach») et depuis l’inauguration de «Paris Plage» en France en 2002, Birmingham, Berlin, Las Vegas, Amsterdam, Rome et New York ont inauguré leurs propres versions de l’ «urbeach» ».

 

Mazagan, reine des plages du Maroc

El Jadida (Maroc), ancienne forteresse portugaise de Mazagão…

Lors du protectorat français (1912-1956), une petite plaquette est diffusée pour présenter Mazagan, reine des plages du Maroc (Imprimerie française, 1922). Il y est question de son «capital touristique de premier plan», avec la «coquette cité portugaise» et «une plage incomparable et unique au Maroc, tant par sa beauté que par sa sécurité absolue. Tous les estiveurs qui l’ont vue, y ont résidé, sont unanimes à vanter ses charmes. Sur une longueur de plus de deux kilomètres s’étend une plage de sable fin où viennent se briser mollement les flots atlantiques. Très fréquentée pendant la saison des bains de mer (15 juin – 15 septembre), la plage de Mazagan est un rendez-vous des estiveurs qui viennent y dresser leurs tentes ou cabanons (…). C’est donc à juste raison que Mazagan a été dénommé le Deauville Marocain».

Cette dimension touristique de Mazagan va orienter la politique du protectorat dans deux directions. En premier lieu, la construction d’une ville nouvelle à l’extérieur des remparts est décidée en 1916 : «la ville nouvelle forme un vaste demi-cercle autour de l’agglomération indigène et s’étend en particulier à l’Est, le long de la magnifique plage de sable, longue de plusieurs kilomètres, qui fait le charme et le grand agrément de Mazagan».

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Ensuite, la réalisation sur cette plage d’un casino (construit sur pilotis en 1925 – mais rapidement effondré en raison de fondations instables), d’un cinéma et d’un hôtel (l’hôtel Mahraba, dessiné en pleine seconde guerre mondiale par les architectes Emile Duhon (1911-1983) et Marius Boyer, 1885-1947). Son architecture reprenait les éléments et design des paquebots.

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Des cartes postales souvenirs, avec la reproduction iconographique des bâtiments les plus symboliques, permettaient de diffuser la beauté de cette nouvelle plage.

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Aujourd’hui le casino est effondré, l’hôtel abandonné et en partie détruit.

Mais leur présence témoigne de la façon dont les colonies ont servi de terrain d’expérimentation aux Européens pour diffuser, bien au-delà du continent, le modèle balnéaire et les valeurs culturelles de modernité qui lui sont associées.

 

 

« Villes d’eau, villes de pouvoir »

L’émission « La Fabrique de l’histoire » (France Culture) a consacré, du 30 avril au 2 mai, une série aux villes d’eau.

Avec le commissaire de l’exposition « Tous à la plage ! », Bernard Toulier, l’une des émissions compare les villes balnéaires de bord de mer et les villes thermales, dans leur organisation spatiale comme dans l’usage qu’en font les classes dirigeantes du XVIIIè au XXè siècle.  Quels en sont les investisseurs ? Quel rôle joue l’Etat ? Comment celui-ci afferme-t-il les bains aux sociétés privées ? Pourquoi ces villes thermales sont-elles aussi des villes de pouvoir ?

Il est possible de la podcaster ici.

 

Pour saluer le printemps… “Xote de Copacabana”

Puisque le printemps débute officiellement demain (en France), voici une chanson de Jackson do Pandeiro, originaire de l’Etat de Paraíba (dans le Nordeste). Les paroles de ce « scottish » (Xote) mettent justement en scène un nordestin (d’origine rurale) arrivant à Rio et découvrant la plage de Copacabana, les bikinis… (Xote de Copacabana).

Je mets ici ma traduction en français et laisse les collègues Brésiliens se remémorer les paroles.

« Je vais y retourner, je n’en peux plus

Je n’arrête pas de penser à Rio de Janeiro

Je me souviens que j’ai été à Copacabana

Et que j’ai passé plus d’une semaine sans pouvoir me contrôler

Avec mon air de couillon qui regardait

Ces jeunes femmes courant

en maillot le long de la plage

Les femmes dans le sable

S’allongent de toutes les façons

Et le cœur du bonhomme

En arrive à changer de rythme

Et beaucoup d’entre elles utilisent

Une espèce de bikini

Si le gars ne fait pas attention

Cela peut donner une confusion incroyable »

La ville de Campina Grande (Paraíba) a installé une statue en hommage à Jackson do Pandeiro (1919-1982) sur la « orla » du lac  « Açude Velho ».

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Comment sont “nées” les plages… à Rio

Encore une fois je reviens à l’exposition : « Quando o MAR virou RIO ». On pouvait y découvrir une carte intitulée : « Planta dos logradouros públicos da cidade do Rio de Janeiro. Levantada conforme as instruções de 14 de Novembro de 1832 em virtude da disposição da Lei de 15 de Novembro de 1831 » [Plan des espaces publics de la ville de Rio de Janeiro, établi selon les instructions du 14 novembre 1832, en vertu d’une disposition de la loi du 15 novembre 1831].

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Planta dos logradouros públicos da cidade do Rio de Janeiro © Fundação Biblioteca Nacional – Rio de Janeiro

Ce ne sont pas moins de 10 plages (praias) qui sont représentées, toutes situées à l’intérieur de la baie de Guanabara.

Un tel document étonne d’autant plus qu’il n’y aucune activité balnéaire connue à cette époque à Rio (certes on pourra toujours évoquer la « maison de bains » de dom João VI, vers la plage du Caju, mais on doit accepter le fait que cela n’a pas donné l’impulsion à une pratique assidue des bains de mer). Alors pourquoi une telle cartographie ? Tout simplement parce que la loi du 15 novembre 1831 prévoit que « seront mis à la disposition des Chambres municipales, les terrains de la Marine, pour devenir des espaces publics ». Et les municipalités pourront percevoir des traites locatives pour l’usage qui en sera fait (activités, construction…).

Par cette loi, les « plages » deviennent ainsi des espaces publics, placés entre les mains des autorités municipales. Certes, il faudra encore attendre le début du XXe siècle pour que les premiers aménagements balnéaires prennent forme à Rio. Mais sans cette loi, la ville de Rio aurait sûrement rencontré plus de difficultés pour penser un aménagement de ses plages.

Une autre carte, de 1829 cette fois, nous aide à prendre la mesure de l’importance de ces plages à Rio. Elle a été établie par un lieutenant de Vaisseau français, M. Barral, entre 1826 et 1827. Et comme la propriété des plages relevait encore de la Marine, Barral liste toutes les plages à l’intérieur de la baie, sans oublier les plages océaniques (À noter qu’à cette époque, les plages d’Ipanema et Leblon s’appelaient la plage « Freitas »).

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Plan de la Baie de Rio-Janeiro levé en 1826 et 1827 © Fundação Biblioteca Nacional, Rio de Janeiro (Brésil)

Et La Rochelle, me direz-vous ? Ce sera l’objet d’un autre post…

 

 

Souvenirs, souvenirs !

Je ne sais pourquoi m’est revenue en mémoire cette chanson de Michel Jonasz que je fredonnais durant mes années d’étudiant : « les vacances au bord de la mer » (ci-joint, pour les collègues brésiliens, un lien avec les sous-titres en français : https://www.youtube.com/watch?v=J932Q_FioL4).

Aujourd’hui, un vers en particulier retient mon attention (« on regardait les autres gens comme ils dépensaient leur argent ») : ne dépensaient-ils vraiment rien, comme essaie de nous le dire Jonasz ? Même pas pour un petit souvenir ? Et soudain je ressens ce que Proust appelait « la rumeur des distances traversées » : me voici, enfant, sur la plage de Hyères. Il me fallait aussi, tout comme Jonasz, faire attention. Pourtant j’ai ramené un souvenir : un petit calendrier perpétuel, en métal, tout à fait comparable à l’un de ceux reproduits ci-dessous.

 

Les souvenirs… Nous ne les avons pas évoqué dans le projet BALNEOMAR – même si, sous l’impulsion d’Ana Brasil, une discussion sur les objets commence à prendre forme. Pourtant les « souvenirs » ont aussi beaucoup de choses à nous dire sur les villes balnéaires, les pratiques culturelles et les imaginaires auxquelles elles donnent forme ; les réseaux également dans lesquels elles sont insérées. Revenons au calendrier perpétuel : si j’ai pu assez facilement retrouver des exemples sur internet, évoquant aussi bien la France que les Etats-Unis, les Pays-Bas, le Canada…, c’est qu’il y avait sûrement un modèle initial sur lequel il suffisait ensuite d’apposer une décoration spécifique. Voilà bien un réseau à évoquer : on doit pouvoir en dire de même pour les cartes postales, les tasses à café et autres mugs…

A ce sujet, un article de Jean-Claude Vimont (« Objets-souvenirs, objets d’histoire ? », Sociétés & Représentations, 2010/2 (n° 30), p. 211-228) doit retenir notre attention : « Les objets-souvenirs du tourisme balnéaire, plus particulièrement ceux qui furent proposés dans les stations du littoral, ont fait l’objet de publications récentes et trouvent place dans les expositions et catalogues sur la conquête du rivage. On peut signaler le livre de Bernard Rubinstein et Patrick Léger, Souvenirs de bords de mer, publié en 1999, ainsi que l’ouvrage collectif, Souvenirs de rivages, bibelots et images du tourisme balnéaire, publié en 2001. Ils montrent la diversité des supports utilisés, les thèmes essentiels représentés, les fonctions quelquefois utilitaires (baromètres, thermomètres). La standardisation de certaines productions est évoquée grâce à l’étude de manufactures situées souvent loin des côtes visitées. Boulogne-sur-Mer diffusa des objets en coquillages dans toutes les stations littorales ; seule la mention du nom variait. (…) En Méditerranée, les lampes veilleuses en céramique de Vallauris ont accompagné l’essor du tourisme sur la Côte d’Azur au milieu du xxesiècle et ont permis une diversification de l’offre des artisans locaux, bientôt imités par ceux de Monaco et d’autres stations balnéaires. Poissons et coquillages très colorés, amphores et fonds marins reconstitués, huîtres d’or, moules entrouvertes et mérous bleus, étoiles de mer et corolles de crustacés, tous les ingrédients sont réunis pour évoquer les plaisirs de la mer. »

Ces objets et ces réseaux nous content ainsi des histoires, à l’exemple des Cangas que l’exposition « Quando o MAR virou RIO » (évoquée dans mon dernier post) mettait en belle place. Ces pans de tissus, de couleurs souvent vives, décorés avec des monuments, objets ou animaux symboliques de la ville merveilleuse, sont considérés aujourd’hui comme représentatifs de la culture de plage à Rio. Or ils ont une histoire, que raconte Adriana Sampaio : « Aux alentours de 1973 commençait à apparaître sur la plage d’Ipanema une jeunesse qui revenait des colonies portugaises d’Afrique, engagées dans un processus d’Indépendance, comme le Mozambique et l’Angola, et qui avait amené avec elle des pans de tissus rectangulaires mesurant approximativement 150x110cm, en coton imprimés avec des motifs typiquement africains. Différents du paréo de Tahiti ou du sarong d’Hawai, bien qu’ils aient une structure similaire, ces pans de tissu étaient appelés Capulana ou Kanga. Bien que le paréo et le sarong aient été connus des surfeurs, c’est la kanga qui a été adoptée sur les plages cariocas, désormais écrite à la manière brésilienne, avec la lettre C » (Adriana Sampaio, Inovação, moda e praia na cidade do Rio de Janeiro, 2013).

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© L. Vidal (« Quando o MAR virou RIO » – 2017)

Sur les souvenirs, je me permets de signaler encore l’enquête de Hugh Wilkins («Souvenirs: What and Why We buy», Journal of Travel Research, vol. 50, no 3, mai 2011, p. 239-247), où l’on trouve ce tableau, issu d’une étude (réalisée en Australie) sur les comportements d’achat de souvenir selon le sexe :

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Faut-il y voir les effets d’ « une civilisation proliférante et surexcitée (…) qui mortifie nos désirs et nous voue à cueillir des souvenirs à demi corrompus » (Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, 1955) ? Ou plutôt des objets qui nous fascinent parce qu’ils créent l’illusion de pouvoir de nous conférer une identité (Georges Perec, Les choses, 1965) ?