Souvenirs, souvenirs !

Je ne sais pourquoi m’est revenue en mémoire cette chanson de Michel Jonasz que je fredonnais durant mes années d’étudiant : « les vacances au bord de la mer » (ci-joint, pour les collègues brésiliens, un lien avec les sous-titres en français : https://www.youtube.com/watch?v=J932Q_FioL4).

Aujourd’hui, un vers en particulier retient mon attention (« on regardait les autres gens comme ils dépensaient leur argent ») : ne dépensaient-ils vraiment rien, comme essaie de nous le dire Jonasz ? Même pas pour un petit souvenir ? Et soudain je ressens ce que Proust appelait « la rumeur des distances traversées » : me voici, enfant, sur la plage de Hyères. Il me fallait aussi, tout comme Jonasz, faire attention. Pourtant j’ai ramené un souvenir : un petit calendrier perpétuel, en métal, tout à fait comparable à l’un de ceux reproduits ci-dessous.

 

Les souvenirs… Nous ne les avons pas évoqué dans le projet BALNEOMAR – même si, sous l’impulsion d’Ana Brasil, une discussion sur les objets commence à prendre forme. Pourtant les « souvenirs » ont aussi beaucoup de choses à nous dire sur les villes balnéaires, les pratiques culturelles et les imaginaires auxquelles elles donnent forme ; les réseaux également dans lesquels elles sont insérées. Revenons au calendrier perpétuel : si j’ai pu assez facilement retrouver des exemples sur internet, évoquant aussi bien la France que les Etats-Unis, les Pays-Bas, le Canada…, c’est qu’il y avait sûrement un modèle initial sur lequel il suffisait ensuite d’apposer une décoration spécifique. Voilà bien un réseau à évoquer : on doit pouvoir en dire de même pour les cartes postales, les tasses à café et autres mugs…

A ce sujet, un article de Jean-Claude Vimont (« Objets-souvenirs, objets d’histoire ? », Sociétés & Représentations, 2010/2 (n° 30), p. 211-228) doit retenir notre attention : « Les objets-souvenirs du tourisme balnéaire, plus particulièrement ceux qui furent proposés dans les stations du littoral, ont fait l’objet de publications récentes et trouvent place dans les expositions et catalogues sur la conquête du rivage. On peut signaler le livre de Bernard Rubinstein et Patrick Léger, Souvenirs de bords de mer, publié en 1999, ainsi que l’ouvrage collectif, Souvenirs de rivages, bibelots et images du tourisme balnéaire, publié en 2001. Ils montrent la diversité des supports utilisés, les thèmes essentiels représentés, les fonctions quelquefois utilitaires (baromètres, thermomètres). La standardisation de certaines productions est évoquée grâce à l’étude de manufactures situées souvent loin des côtes visitées. Boulogne-sur-Mer diffusa des objets en coquillages dans toutes les stations littorales ; seule la mention du nom variait. (…) En Méditerranée, les lampes veilleuses en céramique de Vallauris ont accompagné l’essor du tourisme sur la Côte d’Azur au milieu du xxesiècle et ont permis une diversification de l’offre des artisans locaux, bientôt imités par ceux de Monaco et d’autres stations balnéaires. Poissons et coquillages très colorés, amphores et fonds marins reconstitués, huîtres d’or, moules entrouvertes et mérous bleus, étoiles de mer et corolles de crustacés, tous les ingrédients sont réunis pour évoquer les plaisirs de la mer. »

Ces objets et ces réseaux nous content ainsi des histoires, à l’exemple des Cangas que l’exposition « Quando o MAR virou RIO » (évoquée dans mon dernier post) mettait en belle place. Ces pans de tissus, de couleurs souvent vives, décorés avec des monuments, objets ou animaux symboliques de la ville merveilleuse, sont considérés aujourd’hui comme représentatifs de la culture de plage à Rio. Or ils ont une histoire, que raconte Adriana Sampaio : « Aux alentours de 1973 commençait à apparaître sur la plage d’Ipanema une jeunesse qui revenait des colonies portugaises d’Afrique, engagées dans un processus d’Indépendance, comme le Mozambique et l’Angola, et qui avait amené avec elle des pans de tissus rectangulaires mesurant approximativement 150x110cm, en coton imprimés avec des motifs typiquement africains. Différents du paréo de Tahiti ou du sarong d’Hawai, bien qu’ils aient une structure similaire, ces pans de tissu étaient appelés Capulana ou Kanga. Bien que le paréo et le sarong aient été connus des surfeurs, c’est la kanga qui a été adoptée sur les plages cariocas, désormais écrite à la manière brésilienne, avec la lettre C » (Adriana Sampaio, Inovação, moda e praia na cidade do Rio de Janeiro, 2013).

1
© L. Vidal (« Quando o MAR virou RIO » – 2017)

Sur les souvenirs, je me permets de signaler encore l’enquête de Hugh Wilkins («Souvenirs: What and Why We buy», Journal of Travel Research, vol. 50, no 3, mai 2011, p. 239-247), où l’on trouve ce tableau, issu d’une étude (réalisée en Australie) sur les comportements d’achat de souvenir selon le sexe :

1

Faut-il y voir les effets d’ « une civilisation proliférante et surexcitée (…) qui mortifie nos désirs et nous voue à cueillir des souvenirs à demi corrompus » (Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, 1955) ? Ou plutôt des objets qui nous fascinent parce qu’ils créent l’illusion de pouvoir de nous conférer une identité (Georges Perec, Les choses, 1965) ?

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s